Tarek Ben Yakhlef aka Tarek : « A travers l’art, toucher le monde »

Tarek est un artiste multidisciplinaire : photographe, scénariste de bande dessinée, peintre et rédacteur en chef du magazine français d’art urbain indépendant Paris Tonkar.

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© Tarek

A tout juste 20 ans est publié « THE » livre Paris Tonkar. Autant te dire que la bombe est lâchée !

© Tarek

Depuis, il n’a eu de cesse de combattre les murs gris en défendant toute forme d’expression du vivant lié à l’espace urbain.

Encore aujourd’hui, le graffiti dérange car ça reste une contestation de cet espace qui devient catégorisé pour exclure et dominer.

Acteur et témoin de l’histoire du mouvement graffiti de l’avant et de l’après réseaux sociaux, « tu ne peux pas test », avec 35 ans de pratique artistique. Je suis consciente que cette rencontre relève d’un moment crucial dans ma vie de passionnée de graffiti et de street art.

Défilent dans ma tête des moments que je ne vivrai jamais – même si j’essaye de rembobiner la Face B – et qu’il a vécu : la rencontre avec des pionniers comme Bando, JonOne ou encore San TRP/93MC.

Le surréalisme de me dire qu’il a également pu se poser et discuter avec Henry Chalfant.

Je fais le vide dans ma tête et entame « ma » rencontre d’âme avec Tarek en accueillant le masque qu’il a bien voulu me dévoiler pendant cet échange.

Je dédie cet article en particulier à toutes celles et ceux qui peignent sur les murs en rendant visible un « art » gratuit qui leur ressemble. Force au vivant. 

Paris Tonkar // Posh
© Tarek

Tarek tu as sorti le livre Paris Tonkar en juillet 1991. C’est devenu un ouvrage de référence considéré comme le premier livre d’art consacré au graffiti à Paris et publié en Europe ! Je ne peux y faire l’impasse même si tu as déjà consacré énormément d’interviews sur le sujet. J’aimerais que tu me dises qui est Sylvain Doriath, le coauteur du livre ? Qu’elle est votre histoire personnelle dans l’élaboration de ce livre ?

Sylvain et moi, on fréquentait le même collège. On se connaissait de vue mais on n’était pas vraiment potes à cette époque : il n’y avait ni animosité ni sympathie entre nous. Je pensais (à tort sûrement) que nos univers étaient très différents. Sylvain, sans que je le sache, était un gros cartonneur de la ligne 13, il cachait bien son jeu (rires).

Pour recontextualiser, nous sommes en 1986, à l’époque on avait entre 14 et 15 ans. De mon côté, je découvre le tag avec des potes de ma cité. Je traîne parfois du côté de la Petite ceinture, au niveau de la Porte de Vanves : c’est une ancienne ligne de chemin de fer qui fait le tour de Paris. C’est une zone assez tranquille même si, parfois, on y croise des gars bizarres. Je commence à taguer en bas de chez moi : j’allais derrière mon immeuble pour investir un des murs de la chaudière. Avec les copains, on taguait avec des bombes « dégueulasses » et on aimait bien écrire des choses sur les portes en fer des stations de métro, côté rue bien sûr. C’était un terrain de jeu dans lequel j’aimais être pendant les vacances scolaires. Ce qu’il faut savoir, au début des années 80, certains punks parisiens faisaient du graffiti et des pochoirs sur les murs avec des sprays aérosols et que l’on pouvait en découvrir dans ces lieux abandonnés que nous fréquentions…

Un soir, on décide d’aller en expédition à la station Malakoff-Porte de Vanves : j’étais avec mes potes de la cité ! On savait que d’autres copains devaient nous rejoindre, Dragan et Pascal qui habitaient vers Porte de Vanves. Quand on arrive à la station (deux arrêts avant le dépôt de la « 13 ») on tombe sur une bande de skins avec des chiens qui étaient en train de coller des affiches du Front National et du PNFE (un groupuscule fasciste qui sévissait pas mal dans le secteur de la fac de Malakoff). On décide de rebrousser chemin pour prévenir les deux autres. C’est à ce moment que l’on croise Falone, West, Hoke et un autre gars : on passe la soirée à taguer dans les rues de ma commune… Finalement on sympathise avec eux puis on se donne rendez-vous pour une virée la semaine suivante dans les XIe et Xe arrondissement de Paris.

Pour revenir à Sylvain : nous avons 17 ans et de l’énergie à revendre… Nos univers, pour le coup, sont proches mais on ne se connaît pas encore. Ce n’est qu’après cette soirée que Sylvain et moi avons commencé à nous fréquenter car Falone a débuté dans le milieu graffiti grâce à Nes des 4AD. Celui-ci est l’un des fondateurs de ce crew, tout comme Sylvain… Ainsi, on se connecte assez naturellement ! Notre rencontre s’est faite de manière étonnante par le biais de copains que l’on avait en commun.

Paris Tonkar // 4AD
© Tarek

Peu de temps après, sur la ligne 10, avec Odycé et deux autres copains de mon crew d’origine (les NSI, « New Style Invasion ») nous rejoignons une trentaine d’autres tagueurs suite à l’invitation de Falone et West : sur cinq stations d’affilées avant le terminus de la ligne 10, on cartonne toutes les rames et les murs. Ce soir là, on a vécu un moment unique ! J’ai pris conscience, dans cette ambiance apocalyptique, que personne n’était là pour prendre des photos et encore moins immortaliser cet instant inimaginable aujourd’hui. Nous étions les seuls acteurs et témoins de ce que nous avions fait.

Influencé par mes lectures récentes de Subway art d’Henry Chalfant et Martha Cooper et de Spraycan art d’Henry Chalfant et James Prigoff. J’ai commencé à demander si cela intéresserait des gars de me suivre dans l’aventure de montrer ce Paris que nous vivions en réalisant un bouquin. J’ai essuyé beaucoup de « faut voir », des « pourquoi pas ? » et un « je suis intéressé ! ». C’est comme cela que l’on a commencé à se fréquenter assidûment. Sylvain était le mec intéressé qui ne m’a pas lâché. Une vraie et belle rencontre !

© Tarek

Son implication dans ce projet a été différente de la mienne car il était un « gros activiste » et ne pouvait y consacrer le même temps et la même énergie que moi qui n’avait jamais été un « gros énervé ». J’ai écrit la plupart des textes, pris énormément de photos, même s’il est l’auteur de photos importantes et qu’il me permettait par sa présence dans les spots « en  vogue » de rencontrer d’autres graffeurs et tagueurs.

Quand le livre devient une réalité en 1991, de mon côté je me calme et j’arrête la pratique illégale dans la rue, tandis que Sylvain devient de plus en plus vandale. Mon arrestation suivie d’un passage au tribunal correctionnel m’a aussi un peu calmé ! En vrai vandale qu’il est, il avait fait son choix de vie : peindre sur du « roulant ». Il connaît, hélas, de gros soucis avec la justice et, deux ou trois ans après la sortie du livre, il décide de se détacher de tout cela. La conséquence, c’est qu’aujourd’hui il n’est plus dedans et ne veut plus entendre parler de cette période à laquelle il a définitivement mis un point. Parfois, je le comprends…

Sylvain, m’a apporté souvent du soutien moral. Il a été jusqu’au bout du projet ! Cela n’aurait jamais été le même livre sans lui.

Avais-tu conscience à l’époque et, ce malgré ton jeune âge, de ce que tu faisais en écrivant ce livre ?

Oui, complètement. Je savais que je faisais « un truc » marquant, mais je n’étais pas préparé à vivre tout cela. Même si nous n’étions qu’en 1ère au Lycée, ce projet vient de loin. Il n’est pas sorti de nulle part car j’avais comme but depuis toujours de devenir écrivain.

© Tarek

Je me suis même endetté pour développer les photos en argentique et nous permettre de trouver un éditeur et le défendre. Il ne faut pas imaginer que tout a été simple, nous avons essuyé des refus au motif suivant : « nous ne prenons que des auteurs professionnels »… sans parler de ceux qui ont voulu nous arnaquer en récupérant le projet tout en nous en écartant. Une belle brochette de crapules ! Le concept était novateur en France pour l’époque, de donner la parole à d’autres artistes puis de partager et de transmettre en tant que témoins mais aussi acteurs de ce mouvement. Malgré tout, j’ai rencontré deux éditeurs géniaux, celui des éditions Marval et celui de Syros qui m’ont encouragé à persévérer et mis en relation avec Florent Massot. Il est devenu notre éditeur et ami. Un homme intègre dans l’édition qui a toujours défendu ses livres avec force.

Je reviens sur le livre… Les moyens de l’époque étant ce qu’ils étaient, tu n’avais pas non plus de téléphone portable pour te faciliter la tâche et prendre des contacts. Il me fallait croiser un maximum de graffeurs en sachant qu’il m’était difficile à mon âge d’aller d’un bout à l’autre de Paris. Il fallait également faire face aux réticences et aux refus d’adhésions à mon projet. La seule chose que je n’avais pas anticipé en écrivant ce livre, c’est l’extrême fatigue qui est apparue au bout de ces quatre ans de travail puis de recherche d’éditeur. En faisant ce livre « j’ai dû gérer l’ingérable » !

Ce fut une création douloureuse, tant sur le plan physique qu’humain, et pour laquelle je ne m’étais pas préparé. J’ai mis presque une quinzaine d’années, après la parution, à modifier mon regard sur ce livre. Tout le monde a profité de cet ouvrage avant moi : la vie peut être parfois cruelle lorsque l’on est un précurseur dans un domaine… Et comme le dit cet adage : « on n’est jamais prophète dans son pays ! »

Quand le livre est sorti je n’en ai pas parlé car, comme je te le disais, je ne le vivais pas très bien au fond de moi. Cela m’a même bouffé de l’intérieur. Le retour émotionnel a été important avec des angoisses à gérer, à tel point que je refusais toutes les interviews. Une anecdote que j’aime bien raconter : j’ai envoyé un pote à ma place en interview à radio beur (rires). J’ai juste accepté une émission sur une radio alternative dans le nord de Paris. Mon livre est vite devenu l’objet de nombreuses légendes urbaines (rires). A l’époque, personne ne connaissait la vraie histoire de sa réalisation et, pour le coup, certains ont inventé des choses dessus qui avec le temps ne me touchent plus.

Aujourd’hui, j’ai cette possibilité d’en parler et de dire que c’est le premier bouquin sur le graffiti à Paris retraçant le mouvement entre les années 1987 et 1991. Il correspond à ce qu’on a vécu et fait à notre juste niveau, avec les moyens dont on disposait mais avec une volonté tenace d’aboutir à un résultat. C’est devenu le livre de toute une génération, un livre mythique. Concrètement, pour être franc avec le public, Paris Tonkar ne m’aura rien rapporté financièrement mais il a eu une visibilité énorme qui a dépassé tout ce que j’aurais pu imaginer. En outre, ce livre a été une leçon de vie pour moi et quand j’ai commencé la bande dessinée, j’avais déjà près de dix ans d’édition derrière moi.

A cette époque tu faisais partie d’un crew quel était son nom et ton blaze ?

Mon blaze, c’était DAES et mon crew les NSI (New Style Invasion) puis après ma rencontre avec Sylvain, les 4AD (4 au départ) aussi.

Paris Tonkar // 4AD à Malakoff
© Tarek

Qu’est ce que cela a signifié pour toi cette notion d’appartenance à un crew ?

Faire partie d’un crew de copains a été le prolongement de mon éducation traditionnelle : un esprit collectif et non individuel. La notion de groupe était plus importante pour moi que l’égo, même si écrire ton nom relève à mon sens (et par essence) de l’exaltation de l’ego.

J’ai cru comprendre qu’il devait y avoir une édition actualisée pour fêter les 25 ans de la sortie du livre Paris Tonkar ? Est-ce toujours le cas ? Qu’elles nouveautés ?

La parution des 25 ans a été effectivement retardée. Ce sera une version revue et corrigée avec des photos inédites et qui paraîtra pour les 30 ans mais avant il y aura un tirage de l’édition d’origine pour marquer cette date anniversaire.

En 2010, avec Yann Cherruault, on a lancé le magazine qui était sensé au départ préparer cette sortie et qui est désormais un trimestriel papier, doublé d’un site 100% indépendant. On est resté dans l’idée de passer par un  éditeur indépendant, en élargissant la période de 1983 à 1995 pour la version revue et corrigée ainsi que pour le tirage d’origine, édition anniversaire.

Pour revenir sur la première édition, je voulais dire qu’on ne cite pas forcément tout le monde pour plusieurs raisons qui seront abordées dans un avant-propos que je suis en train de rédiger. On n’a jamais eu la prétention de recueillir le témoignage exhaustif de tous les acteurs de ce mouvement mais nous avons touché un grand nombre de personnes malgré tout. Pourquoi ? D’une part, certains ne voulaient pas être identifiés et, d’autre part, certains à cette époque souhaitaient être rémunérés, cela était inconcevable pour nous (même aujourd’hui je reste médusé lorsque certains pensent que l’on devient riche en sortant un livre sur le graffiti). L’idée est vraiment de garder cette vision d’un monde que l’on a vécu et dans lequel on a grandi.

Paris Tonkar // 4AD à Malakoff
© Tarek

Qu’elle est la considération qu’on te porte aujourd’hui pour ta connaissance de cette culture et de ce travail d’archives ?

Quand on disserte sur le graffiti, lors d’événements ou de conférences organisées par des institutions officielles en France, on préfère m’écarter le plus souvent : c’est une simple constatation sans amertume, aucune. Que penser de cela ? Ce n’est pas bien grave, car cela me laisse cette liberté de ne pas porter un jugement sur cet art et de ne pas être considéré comme un « bien pensant du graffiti ». Mon implication est ailleurs, dans le magazine et ma pratique sur le terrain car je peins toujours comme si c’était la première fois, avec ce même plaisir et cette envie de partager.

On a tendance à vouloir juste regarder le graffiti comme une pratique artistique (ou délictueuse) sans pour autant tenir compte que le graffiti est avant tout une manière d’être et de faire dépassant le cadre artistique.

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© Tarek

Pour certains, pour ne citer qu’un exemple, au début c’est une addiction qui te permet juste de ne pas sombrer dans d’autres choses avant de devenir une démarche artistique consciente et réfléchie.

Je me rappelle du froid que j’avais jeté lors d’une conférence à la seconde édition de l’Urban Art Fair, lorsque j’avais rappelé que le graffiti était né, en France, dans les beaux quartiers de Paris et qu’il avait contaminé par la suite la première et la deuxième couronne arrivant bien après dans les quartiers populaires desquels je suis originaire bien que né à Paris. Contrairement aux Etats-Unis où le graffiti était né dans les ghettos, à Paris, entre 1982 et 1985, la plupart de ceux qui le pratiquait vivaient bien loin du « ghetto ». Il ne faut pas oublier que les pionniers de ce mouvement que ce soit la force Alpha ou encore Bando habitaient non loin de la rue du bac ! Ce n’est pas une généralité car San ou encore Dee Nasty n’appartenaient pas à ce monde et pourtant faisaient partie de cette première vague. Mon analyse a dérangé certaines personnes dans le public mais la grande majorité des gens présents tout comme l’organisateur ont été ravis d’entendre ce point de vue assez peu abordé en réalité (la conférence est disponible sur la chaîne YouTube du magazine).

La France est un pays magnifique mais qui vit dans une sorte de schizophrénie par rapport à ses enfants qui sont issus de l’immigration des années 70, entre paternalisme et rejet. Il s’est bien heureusement atténué depuis une dizaine d’années mais, dans les années 90, la discrimination était violente et visible surtout pour les jeunes qui s’en sortaient autrement que par le sport. Dans l’esprit de certains décideurs, je suis resté sans doute quelqu’un qui vient d’un quartier populaire et qui va parler du graffiti sans avoir longuement réfléchi sur le sujet. Peut être que je me trompe… Ou alors je n’ai sans doute pas le nom qu’il faut mais de cela je suis habitué, hélas…

Quand est-tu devenu Tarek ?

Lorsque j’ai commencé mon travail de scénariste BD à mon retour de Damas (Syrie) où j’y passe deux ans dans le cadre de mon service militaire en tant que coopérant du service national. Cela coïncide aussi avec la non réimpression de Paris Tonkar : en 1998, il n’est plus disponible à la vente et il n’y a plus aucun stock chez le diffuseur ni chez les libraires. La collaboration avec Florent Massot (Les éditions Florent Massot) s’arrête et je récupère les droits sur mon livre.

L’idée de ne garder que mon prénom est venue naturellement. En règle générale, les gens massacrent mon nom de famille. Pour la petite anecdote sur la couverture de Paris Tonkar si tu regardes sur la tranche il manque le « L » de mon nom. Un bien mauvais souvenir… Puis avec le succès de mes albums BD, j’ai continué à garder mon prénom pour mes expositions photos et artistiques, à partir de 2010, quand j’ai renoué avec mes vies antérieures.

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© Tarek

Te considères-tu comme un enfant du hip-hop ?

Dans ma bibliothèque, je dois avoir 1% des livres qui représentent le mouvement hip-hop, 15% doit être de la BD et le reste, c’est autre chose.

Quand je suis arrivé à New-York pour la première fois : la première chose que j’ai pu faire c’est d’aller au musée des arts primitifs puis celui des Amérindiens. Tout cela pour te dire que le break ou le graffiti ne sont pas les seules choses qui me motivent dans ma vie. J’ai trouvé mon espace de liberté principalement au travers de l’écriture et de la peinture.

J’adore le hip-hop et je me rappelle des moments passés dans la cave de ma cité lorsqu’on s’essayait au « smurf » avec les copains. Je suis encore aujourd’hui admiratif devant les battles de breakdance. J’adore le graffiti aussi quelque soit sa forme mais avec une préférence pour les métros peints.

Le magazine Paris Tonkar existe parce qu’il donne une autre voix au chapitre dans le paysage médiatique actuel. J’aime cette idée de parler et présenter sans censure toutes les formes de l’art urbain ainsi que la démarche des artistes qui s’en réclament. Chacun doit défendre sa liberté. Un espace de liberté, c’est cela qui est important. C’est l’esprit du magazine, d’une certaine manière un esprit hip-hop ! L’ouverture sur l’art, c’est avant tout une ouverture d’esprit où il n’y a pas de notion de business. Sans être un enfant du hip-hop, je me considère plus comme un défenseur de celui-ci.

Comment vis-tu le cynisme ambiant que l’on retrouve dans le marché de l’art ?

Il y a marché de l’art et marché de l’art (rires)… Une partie de celui-ci est réellement obscène et ne devrait même pas être considéré comme traitant de l’art dans sa partie commerciale. C‘est plus un ego des ultra riches, « du fric gagné avec du fric », un système de sélection de l’élite pour arriver avant les autres sans autre considération de sagesse ou d’empathie. Ce marché de l’art ne me concerne pas et, bien heureusement, il est bien loin d’être représentatif du monde dans lequel j’évolue : je suis conscient que sa présence médiatique disproportionnée trompe le public. Hélas…

Par exemple, le « plug anal » de Paul McCarthy est, selon moi, un cancer de l’art sur médiatisé qui a de quoi te dégoûter de l’art contemporain, où la vulgarisation passe par 465 idiots qui ont décidé d’introniser untel ou untel comme « artiste » et qui dictent les tendances de l’art du moment par leur seule manière de s’exprimer. C’est une réalité bien triste qu’il faut combattre à tout prix. Jeff Koons, pour prendre un autre exemple, est la plus grosse arnaque de l’art de ces dernières années. L’art est sensé montrer le « Beau et être vrai ».

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Tu vis aujourd’hui à Rennes. Quitter Paris était-ce un acte « d’art politique » dans une ville où il n’y a plus réellement d’expression libre et vivante pour les créatifs ?

(Rires)… Non, pas du tout. J’ai juste suivi ma compagne. Quand j’arrive à Rennes, je suis encore très attaché à Paris : j’ai des BD en cours avec des dessinateurs qui y vivent et mon univers est parisien à 100%. Aujourd’hui, je fais encore pas mal d’allers-retours. J’aime Paris, c’est ma ville !

Cela fait 16 ans maintenant que j’habite en Bretagne. J’y suis bien : j’adore le mégalithisme breton que j’ai photographié sous toutes ses coutures. Je travaille principalement chez moi pour le magazine ou dans un atelier que je peux moduler en galerie et que j’ouvre au public. Actuellement, je peins beaucoup avec LéLé et Mat Elbé sur des murs pour le plaisir et l’amour de l’art.

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© Tarek : Tarek x LéLé
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© Tarek : Tarek x Mat Elbé

Ici, tu n’es pas dans les mêmes dynamiques que dans les grandes villes de l’art que sont Paris ou Lyon où tu as un grand nombre de galeries et de collectionneurs. Tu n’es pas dans la « compétition » avec les pseudos-artistes ou du moins tu n’as pas à subir cela. Tu as un côté rafraîchissant et un rapport intéressant à l’art avec une grammaire différente de la vie culturelle. Le public est aussi plus sympathique. Cela m’a permis d’y gagner en force et retrouver une forme de jeunesse dans ma créativité. Entre nous, Paris « s’en tape » de ce qui se passe ailleurs. Ici, je me sens juste « dans mon temps » quand tu arrives à Brest par le train, par exemple, tu as juste la mer en face de toi. Plus de rails. Plus rien. C’est cool…

Dans ta recherche artistique et tes représentations picturales, on retrouve souvent des « masques ». Pourquoi ?  Qu’est-ce que cela représente ?

Le masque, cela vient de loin. J’ai commencé cette exploration en 2010 : elle est inspirée de ma vraie culture traditionnelle où l’on combat l’ego en endossant un masque qui rend visible le Beau. Dans d’autres sociétés comme celles que l’on peut trouver en Afrique, cet objet avait une fonction d’intercesseur entre le monde des vivants et celui des esprits afin de se protéger et d’être en connexion avec « l’autre monde ». Un lien entre le visible incarné et l’invisible. Le masque permet aussi un questionnement sur la société dans laquelle on vit, monde illusoire.

masque
© Tarek

Dans notre société, on porte en permanence un masque que l’on adapte en fonction des interlocuteurs. Par exemple, le matin quand tu te réveilles et que tu arrives devant le miroir, ton masque est déjà là. Dés lors que tu te regardes, il apparaît souvent. Il ne fait que changer au cours d’une même journée. Il n’y a que deux seuls moments où l’on ne se ment pas : à sa naissance et à sa mort.

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© Tarek

Mes masques, tu les interprètes en fonction de ta propre histoire. Quand j’ai peint des masques sur des murs au Cameroun, tout en initiant des artistes au muralisme, j’ai connu un moment unique dans ma vie d’artiste. J’ai réalisé une importante exposition à Paris dans deux galeries différentes sur ce thème en 2016 avec pour sujet : « Par-delà les illusions, la vérité ? »…

masque bleu
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masque mauve
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masque rouge
© Tarek

Cela étant dit, je ne pense pas que ma pratique du graffiti renoue avec le mystère dès lors que je donne vie à des masques sur des murs visibles par le public. J’essaye juste de fixer l’indéfini sur une surface limitée en donnant l’impression que tout n’est qu’illusion.

mur mauve
© Tarek

En conséquence, je suppose que ta collaboration avec Gregos sur cette notion du « masque » était une évidence ?

© Tarek

Gregos, n’exploite pas la même notion du masque. Chez lui, il s’agit de la représentation du masque mortuaire. Cette démarche de voir autre chose m’intéressait, effectivement. J’apprécie l’homme et son travail ! On collabore ensemble depuis 2011, je mets principalement en couleur des visages moulés qu’il a conçu afin qu’il puisse les coller dans la rue. Il m’est aussi arrivé de les coller, essentiellement dans ma région, en Bretagne, au Maroc et au Canada. Nous n’avons pas eu l’occasion de nous retrouver ces dernières années…

© Tarek

Qu’est-ce ce monde d’illusion dont tu parles ?

Vivons-nous réellement dans un monde ouvert et transparent comme pourrait le laisser croire le discours dominant ? Quid de notre urbanisme , des médias qui déversent des tonnes d’articles sur l’intime et l’intimité des gens, de la vidéosurveillance généralisée ou encore d’internet avec son univers virtuel ? Je n’en suis pas convaincu, loin de là…

On vit dans un monde illusoire recouvert par des voiles et, selon notre niveau de perception, nous arrivons à voir telle ou telle chose en soulevant des voiles. Certains sont aveuglés pour toutes sortent de raison, d’autres pensent détenir la vérité, souhaitant l’imposer à leurs semblables et il y en a même qui rajoutent des voiles pour s’éloigner de l’évidence. L’ego, encore l’ego, toujours l’ego… Parfois, il te suffit de n’en soulever qu’un certain nombre pour choisir le « Monde » dans lequel tu vas grandir et lire en toi pour mieux te connaître, retirer tes masques et te retrouver face à toi même. De ce fait, dans ce monde d’illusions, tu peux décider de subir ou de vivre. « Ne rien montrer et tout montrer » me permet de me protéger dans ce monde fou ! Encore plus avec mon métier.

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© Tarek

Il y a une phrase de mon père (paix à son âme) qui m’a marquée : « si tu veux comprendre le bien, côtoie le mal ».  A l’époque, j’étais trop jeune et je ne comprenais pas ce qu’il me disait. L’idée, c’est juste de faire les bons choix et surtout on apprend de tout, même du pire. L’ésotérisme à travers des histoires et des paraboles enseigne énormément de choses : il faut posséder la bonne clé et avoir la volonté de s’ouvrir à soi avant de le faire aux autres. Comme le dit Socrate : « connais-toi, toi même ! »… Je pense que les peintres, quels qu’il soient, à un moment dans leurs parcours et ce, sans le vouloir ou le savoir, vont trouver cette fameuse clé. Par notre pratique, on accède à des choses qui nous dépassent parfois… Le graffiti m’a permis de découvrir l’art et, à travers la peinture, je recherche les mots, les attentions et les sensations : le beau, le juste, le vrai.  Pourquoi Basquiat me touche ? Sans doute par son lien avec le vaudou.

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© Tarek

Pourquoi je trouve que Warhol est un talentueux artiste ? C’est homme est-il malade, est-il est dérangé ? Peut-être … Mais ses dessins montrent autre chose, un être blessé et sensible.

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Tarek
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© Tarek

Mes expériences personnelles ont joué un rôle essentiel dans mon parcours artistique. A Damas et à Tunis, j’ai rencontré un très haut niveau de spiritualité. Ma rencontre avec l’Afrique noire a été aussi très déstabilisante par ses codes différents, le temps est vécu d’une manière différente. Il y a eu également des lieux que je ne peux oublier : comme se retrouver complètement en dehors du temps dans un monastère au Moyen-Orient le jour de Pâques – au moment où j’évoque avec toi ce souvenir, j’ai une pensée pour le Père Paulo qui n’est plus de ce monde et fait partie des victimes de Daesh. Et puis, tu as aussi ces sensations de vivre un rêve éveillé et qui te donne l’impression de connaître un lieu alors que c’est la première fois que tu y mets les pieds : cela a été mon cas pour New-York et en Jordanie dans le désert.

Le hasard des rencontres auxquelles je ne crois pas, telle que celle avec Olivier alias Mat Elbé, pour qui j’ai un profond respect. Tout comme Ivan Gomez Montero, un génie du dessin ou encore Vincent Pompetti que j’ai regardé pendant des heures dessiner mes scénarios de BD.

© Tarek :  Mat Elbé x Tarek
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© Tarek : Planche BD dessinée par Ivan Gomez Montero et scénarisée par Tarek
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© Tarek : Illustration de Vincent Pompetti pour la BD La Guerre des Gaules scénarisé par Tarek 

Dans l’art, il y a la vie. Et dans cette conjonction du savoir-faire et de l’acquis, j’ai décidé de faire passer certaines émotions en soulevant des voiles sans être dans le fantasme de l’artiste.

Depuis 2010, tu as disséminé dans pas mal d’endroits en France et à l’étranger plus de 1500 collages en papier et en volume, que ce soit des « Skulls », ou des personnages masculins « Men at Work » et féminins « Girls in the City ». Tu peux m’en dire un peu plus sur la signification de ces projets ?

Ces collages sont réalisés en carton plâtrés : je les peins puis je les colle en pleine journée dans les rues. Chacune de ces œuvres est unique et numérotée et n’a qu’une espérance de vie voulue entre 3 et 5 ans. Pour moi, la rue doit rester éphémère. C’est une façon de combattre les murs gris et de distiller des messages positifs de couleur et de symbolisme.

Les « skulls », c’est juste parce que j’adore les vanités. J’en dessine sur toile depuis le début.

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© Tarek

La déclinaison de mes crânes avec des collages sur les murs était juste une évidence. Mais je tiens à préciser que ce n’est nullement un message de malheur ni de glorification de la mort, bien au contraire. Tu en retrouves aussi souvent dans certaines de mes BD.

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© Tarek

« Men at Work » et « Girls in the City » c’est une réflexion sur ce que j’appellerais « l’homoroboticus ». Dans ce monde de fric et de prédation des richesses, l’idéal serait qu’on soit tous un même type de robot sans distinction entre le féminin et le masculin. Tu n’es plus ni homme, ni femme. Puisqu’on demande aux hommes de ressembler aux femmes et inversement. J’ai du mal à concevoir cette idée de « je ne suis ni l’un, ni l’autre ». Une espèce non genrée en définitive. D’un point de vue clinique, il y a un problème ! La question de l’enfantement nous sépare et crée fondamentalement cette différence. Nos sociétés primitives ont un rôle à jouer car ce n’est pas un progrès social de transformer les femmes en lascars en jupe. Elles sont bien meilleures que nous pour nous ressembler. Ne serait-ce pas aux hommes d’apprendre des femmes certaines choses comme la tempérance et la tolérance ?

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© Tarek
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Que représente pour toi la performance dans la rue ?

Une adrénaline exceptionnelle qui est suscitée par plein de paramètres extérieurs. Tu dois à la fois gérer ton action urbaine, le lieu, ton mur, les gens et… dans l’illégal la police. C’est juste un plaisir, avant tout, qui se renouvelle à chaque fois.

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© Tarek
© Tarek

Rétrospectivement, si je te demande de me citer à chaud deux souvenirs que tu as envie de retenir de toutes ces années de peinture ?

Hum… Fin 2016, j’ai participé au « Festiv’art » à Kribi au Cameroun qui est un festival d’art contemporain. J’y ai réalisé plusieurs peintures murales dont une où je me suis retrouvé à peindre devant 1500 enfants. Je n’ai jamais ressenti une émotion aussi forte, tellement l’énergie autour de moi était folle. Le second souvenir, ce serait les collages de nuits réalisés à New-York et à Berlin. L’interdit dans mes performances m’amuse toujours autant.

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Tarek

A propos de New-York, j’aimerais bien que l’on évoque le projet « d’un dessin par jour » ? Est-ce que tu as eu des retours de la part des personnes qui ont pris tes dessins laissés dans certains endroits de la ville ?

Les Américains sont souvent philanthropes par choix personnel mais la gratuité dans leur univers économique est un concept complexe à comprendre pour eux. Ils vivent dans une société où tout est payant. Ils prennent cela comme un cadeau et c’est ce que j’ai voulu faire en octobre 2018 et 2019. En règle générale, quand tu laisses quelque chose dans un espace public ils ne vont pas le prendre. C’est un truc d’Européen de décoller des œuvres de rues par exemple. Je dessinais en live juste avant de le laisser pour un inconnu. Cela m’a obligé à faire un dessin tous les jours.

Je me rappelle qu’une fois dans un café j’ai juste laissé mon dessin sur la table après avoir payé ma note. J’ai dû expliquer à la serveuse qui l’avait récupéré et qui pensait que je l’avais oublié, que je le laissais : « c’est gratuit, c’est pour toi ». Ils l’ont pris du genre « c’est cool, tel artiste est passé dans mon café ». J’ai aussi laissé pas mal de dessins dans le quartier de Washington Square et pour lesquels j’ai vu passer des stories Instagram.

© Tarek

Sur cette période « d’isolement » lié au confinement tu dirais quoi ? Comment tu le vis ? Je pense notamment au dessin « Pandemia » que j’ai pu voir il y a quelques jours sur ton compte Instagram.

Comment je le vis ? Je suis chez moi depuis le 11 mars, à la suite d’une opération survenue tout juste avant le confinement général. Autant te dire que les premiers jours j’étais bien shooté. Puis, le rythme de phases ascendantes et descendantes intrinsèque à mes pratiques professionnelles et au fait que je n’ai jamais été dans un cadre salarial à repris le pas.  Je suis habitué aux « montagnes russes » dans mon quotidien.

Ce moment particulier, je l’ai déjà ressenti en 2010 à la suite d’un litige contractuel avec un éditeur de bande dessinée. La conséquence a été violente : j’ai décidé de tout arrêter. A ce moment, j’avais 10 ans de BD derrière moi et 20 ans de pratique d’arts urbains et de photographie. Je n’avais plus envie de subir les politiques éditoriales de certains éditeurs débiles et ignares mais de participer à une véritable aventure éditoriale. Cela m’a appris à arrêter de me projeter uniquement dans l’immédiat et de penser au long terme. La question était de savoir ce que je voulais faire et avec qui ?

Je crois aux signes que le destin nous envoi sur notre chemin de vie. Je crois au symbolisme. Ce moment a été un tournant significatif dans mon approche au travail. J’ai réduit le nombre de BD par an en décidant de me consacrer plus à la peinture et à la presse. En assumant ce choix, j’ai décidé de bosser qu’avec de petits éditeurs comme Tartamudo avec qui j’ai une véritable collaboration en toute intelligence. José Jover, l’éditeur, est lui même dessinateur et il comprend les problématiques que nous devons surmonter dans notre travail. C’est également à ce moment, que la décision de lancer un magazine de graffiti et de street art s’est prise avec Yann Cherruault, un ami de longue date et spécialiste de Rap. Une galerie à l’étranger me donne l’opportunité de présenter mon travail d’artiste (Galerie Starkart à Zürich) et qu’un producteur américain me contacte pour réaliser le pilote d’une série TV. Je l’ai écrit avec une grande motivation, j’ai trouvé cela marrant. Tout cela pour te dire, qu’aujourd’hui cette situation exceptionnelle que nous connaissons, j’arrive à bien la vivre grâce à mon expérience antérieure.

Alors pour « l’après », j’ai beaucoup dessiné.

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Tarek

J’ai réalisé des projets de toiles, des mises à jour internet, des prises de contact ainsi que des scénarios de BD. Il faut être dans le positif, même si on le sait, que d’un point de vue économique cela va être la catastrophe. Je suis dans le que « faire » pour les 10 à 15 ans à venir… même si je ne suis pas arrivé à la fin de ma réflexion. Je prends cette période comme un aboutissement de 2010, sur l’application de mes choix de revivre et de renaître différemment, en changeant ma manière de faire et les relations avec certaines structures et personnes. En l’utilisant à bon escient, certaines choses se concrétisent en ce moment même : comme la signature de la BD « le Corsaire du Roy » (anciennement Le Malouin) avec une maison d’édition italienne.

# # 1 BD CORSAIRE DU ROY COUVERTURE 1 - 4 FINALE 2
© Tarek

Sur ta question sur mon dessin « Pandemia » je préfère te laisser l’interpréter librement. J’aime cette réflexion de l’émir Abd el-Kader qui dit en substance : « je préfère juger les personnes sur leurs actes plutôt que sur leurs paroles ! ».

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© Tarek

Au final, ce dessin est dans la lignée de tout ce que j’ai pensé ces derniers temps, c’est une synthèse de ce que nous vivons et allons vivre. C’est un clin d’œil aux toiles de la série « From Gotham » qui interpelle et pousse le spectateur à se poser de bonnes questions.

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© Tarek

Ce qui nous arrive est exceptionnel et étrange. Ce dessin est un message qui me permet de combattre ce monde à travers l’art en abordant de manière subtile différentes questions. A travers l’art, on peut toucher le monde et lever certains voiles.

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© Tarek
Site web de Tarek : https://tarek-bd.fr/
Compte Instagram :  @tareby

3 réflexions sur “Tarek Ben Yakhlef aka Tarek : « A travers l’art, toucher le monde »

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