La jeunesse relève les défis de la création : rencontre avec le fresquiste CVZ

C’est en 2017 que je rencontre pour la première fois CVZ lors de l’exhibition live de peinture du Boulevard du Graff de Chartres.  Il a tout juste 20 ans. Il y fait ses premières armes au spray … Que s’est-il passé depuis ? Je vous invite à me suivre dans cette rencontre remplie d’espoirs et d’incertitudes :

« C’est dans l’effort que l’on trouve la satisfaction et non dans la réussite. Un plein effort est une pleine victoire. »

Cela fait un peu près 3 ans que l’on entend parler de CVZ dans la mifa locale du graff. Qu’est ce qui t’as emmené vers cette forme d’expression graphique ?

Je ne me revendique pas graffeur je ne serai pas du tout légitime. Le seul dénominateur commun c’est l’usage et le maniement de la bombe.

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© CVZ

Je suis fresquiste, c’est devenu ma profession active depuis avril 2018. J’ai voulu franchir un palier supplémentaire en créant mon statut d’auto-entrepreneur afin de mener ma vie en rapport avec ça tout en contribuant à divers projets créatifs en parallèle.

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© CVZ

L’idée c’est de se motiver mentalement et de se donner des coups de pieds au cul.

Depuis un an et demi grâce à ma connexion avec l’association Dirty Arts j’ai pu mettre en place un certain nombre de projets. Cela est encourageant dans le sens où l’on me fait confiance en tant qu’intervenant.

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© CVZ
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© CVZ

Ça vient d’où ton blaze : CVZ ? Il représente quoi dans ta personnalité ? 

Tu peux y trouver un sens ou pas. Ça dépend ? (Rires)

CVZ ça viens de mon adolescence : c’est simple, les deux premières lettres représentent mes initiales : nom et prénom. C’est tout bête. Et le « Z » de base c’est la transformation d’un « 3 ».

Le chiffre trois, parce qu’à l’origine du projet de création de l’atelier nous étions trois potes. J’ai été le seul à continuer.

C’est un rappel, une identité, de par là où tout a commencé et qui a forgé ce que je suis.

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© CVZ

Pour le sens, et bien c’est le rythme de l’alphabet. Tu vois, de la lettre « c » à la lettre « v » c’est le temps que je mets pour la création; et de la lettre « v » à la lettre « z » c’est le temps que je passe sur les finitions. J’ai toujours du mal à canaliser cette dernière phase. Bien souvent je me précipite, j’y passe moins de temps. Mon blaze me le rappelle constamment. C’est un truc qu’il faut que je travaille.

CVZ fait donc partie intégrante de ma personnalité, c’est une part qui s’extraie de moi, qui me permets de m’affirmer. C’est plus facile à confronter aux yeux de tous. Ce n’est pas un rôle ni de la schizo.

Le logo a aussi évolué. J’y ai rajouté un cercle non fermé comme une tête de petit bonhomme avec des traits. Ça rappelle une tête d’extra terrestre. C’est le côté décalé qui m’amuse.

Tu as indiqué sur ton insta  » que le doute est la seule peur qui te ronge ? » Est-ce toujours le cas ? Pourquoi ? 

Oui. La peinture te mets face à tes problèmes. Je me remets constamment en question notamment pour correspondre aux attentes et au rendu qualitatif de mes commandes.

J’essaye de surpasser ça, de temporiser avec la vie et l’utilité de vivre.

Dépasser les limites de l’entendement ce serait ?

Des nuits entières passées dans l’atelier dans les périodes de rush à avoir mal aux mains, à pousser la fatigue extrême, à se maltraiter presque, dans le but de se faciliter la vie derrière.

Dans mon « loft » de 16m2 sans chauffage ni véritable lumière je ressemble à un vampire qui se nourri de ses créa.

J’aime ce processus de phase expérimentale dans l’atelier à base d’acrylique et de pinceaux. Souvent cela crée l’inattendu qui n’est pas forcément volontaire dans la démarche d’ailleurs.

Je peux rester rivé sur un truc jusqu’à que ça me saoule (comprendre « je n’ai pas de limites » ) puis je passe à autre chose.

Le mur c’est quoi pour toi ? 

Aujourd’hui le mur est devenu un support supplémentaire. C’est sans doute celui qui me fait le plus tripper. Il représente le dépassement de soi et me permets de me canaliser même si j’ai conscience de l’amélioration constante à laquelle je dois parvenir.

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© CVZ

Dans mon métier je suis constamment confronté au design du produit, à la réalisation de cahiers des charges dans la recherche de gammes de couleurs et de thèmes.

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© CVZ
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© CVZ

Le mur, c’est se sentir libre devant l’exécution. C’est un truc instinctif même si tu essayes de produire un travail quali par la méthode, ton bras est constamment mis en tension à cause de son format. La technique ne suffit pas. Tu es confronté au mouvement et à la difficulté de ne pas être forcément posé au sol. L’escabeau, l’échelle, deviennent les prolongements de ton corps. C’est un pur plaisir perso. Un jour, j’aimerai sortir du mur pour aller vers la façade.

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© CVZ

J’ai aussi la chance de vivre à une époque où ce qu’on appelle l’art de rue est devenu une forme d’expression graphique plus séduisante. C’est une force pour moi car les gens échangent plus facilement.  Il y a un côté fun et démonstratif pour les passants de te voir  peindre sur une telle surface. Tu vas à la rencontre des relations humaines sans pour autant rechercher une quelconque forme de reconnaissance.

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© CVZ

Le mur c’est aussi une forme de thérapie personnelle. Il me sort de mon atelier car je suis plutôt du genre « sauvage de la vie » en constante recherche de partage tout en m’en éloignant viscéralement par nature.

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© CVZ

L’échange avec un collectif serait sans doute un cadre facilitant pour avancer. C’est ce qui me manque le plus aujourd’hui; alors j’essaye de faire mes propres preuves en faisant mes propres armes pour atteindre un niveau satisfaisant et gagner en crédibilité.

Mais alors pourquoi ne pas être l’initiateur d’un crew ?

Comme je te l’ai dit je ne suis pas légitime dans cette démarche. Je ne suis pas issu de la culture graffiti. Je n’ai jamais eu d’affiliations. Je ne pourrais pas en être l’initiateur. Même si j’aimerais transmettre, et partager, un jour, mon savoir autodidacte.

Pour moi, l’idée de se rejoindre doit être un truc instinctif.

Comment tu appréhendes le travail collectif ? Ta dernière collab ? 

Il m’est arrivé de collaborer récemment avec un graffeur sur un mur. Ça a été une belle expérience pour ce qui est de pousser ma technique au spray.

Mais c’est complexe car tu ne sais pas comment te situer.

Souvent la vision des choses n’est pas du tout la même. Il faut que la personne en face de toi soit dans un état d’esprit ouvert car on a tous des croyances différentes. C’est une cause perdue de vouloir convaincre l’autre sur ses propres choix.

Alors même si tu ne comprends pas forcément le travail de l’autre, et que tu sais déjà par avance que ça ne peut pas matcher, il y a tout de même ce respect et cette volonté de s’exprimer sur un support identique, qui lui, ne se limite pas.

Qu’elle serait la question que tu souhaiterais que je te pose ?

Je ne suis pas bon pour trouver les questions.

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